Choisir l’avenir
Mémoire présenté dans le cadre des audiences publiques
à la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois. (CAAAQ)
par
Les Amis de l’environnement de Brandon
C.P. 985, St-Gabriel, (Québec)
J0K 2N0
Courriel : info@amisdelenvironnement.com
Mars 2007
Choisir l’avenir
Mémoire présenté à la
Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois
Mercredi, le 4 avril 2007
Château Joliette
450 rue St-Thomas
Joliette
Rédaction
Marc Caron, responsable de ce comité
Collaboration
. Édith Blouin
. Steve Brisson
. Normand Grégoire
. Maurice Paquin, remise d’un document pour alimenter la discussion « L’agriculture raisonnée »
. Odette Sarrazin, secrétaire
. Andrée Viau
. Lucie Roy, remise d’un document pour alimenter la discussion
« Mon positionnement sur l’agriculture »
Présentation des Amis de l’environnement de Brandon
« Les Amis de l’environnement de Brandon » est un organisme sans but lucratif qui se préoccupe de la santé du milieu naturel et qui a pour objectif de promouvoir la conservation des ressources et la protection de l’environnement en misant sur la concertation et la coopération de l’ensemble des intervenants dans ce domaine.
« Les Amis de l’environnement de Brandon » est un organisme qui est né en 1994 suite à la nécessité d’implanter un système de récupération des matières recyclables à St-Gabriel-de-Brandon et dans les municipalités environnantes. Depuis nos débuts, nous avons travaillé pour la conservation de notre milieu environnemental au niveau des quatre grandes orientations qui ont été retenues lors de notre première assemblée générale, soit :
. la gestion des déchets,
. la gestion de l’eau,
. l’écotourisme et
. l’écoforesterie.
Notre implication dans le milieu rejoint les préoccupations d’une partie de la population concernant notre santé quant à la nature des aliments ainsi qu’à qualité de l’air, de l’eau et des sols.
Introduction
L’agriculture au Québec semble à la croisée des chemins : peut-on la pratiquer avec les méthodes actuelles, alors que bien des problèmes se posent à elle ?
- industrialisation versus ferme familiale,
- endettement des agriculteurs,
- concurrence internationale effrénée (globalisation),
- érosion des sols et
- nappe phréatique menacée (déjections animales).
Québec a mis sur pied une commission d’enquête pour nous aider à réfléchir sur la place de l’agriculture et de l’agroalimentaire au Québec en ce 21e siècle, pour, si possible, infléchir la trajectoire actuelle de l’agriculture dans un sens positif pour la terre et ses populations.
Les citoyens sont interpellés par les modes de production car elles sont en relation directe avec la santé :
- notre santé,
- la santé de nos producteurs et de nos productrices,
- la santé du bétail et
- la santé du sol, de l’air et de l’eau.
De plus, les modes de production peuvent assurer la pérennité des ressources.
Notre réflexion s’appuiera sur un seul principe : le RESPECT, dans ses trois composantes essentielles en agriculture et dans le domaine de l’agroalimentaire :
- l’humain comme citoyen et consommateur,
- l’animal comme sujet vivant et produit d’élevage et
- les éléments de la nature (sol, air, eau) comme matières essentielles et intermédiaires en agriculture.
Alimentation
Le respect de l’humain, en agriculture et en agroalimentaire, passe, d’après nous, par un effort pour répondre aux besoins alimentaires de la population et non pour créer des produits artificiels, basés sur une surconsommation au bénéfice surtout des multinationales qui n’ont de cesse de créer des besoins alimentaires, du berceau à la tombe.
Alimentation et santé
Nous n’avons qu’à penser à tous ces supposés aliments solides ou liquides qui contribuent, à la longue, à alimenter surtout les maladies coronariennes, le diabète et l’obésité chez les jeunes, entre autres.
Alimentation et éducation
Pour contrer ces avalanches publicitaires, il pourrait y avoir des programmes d’éducation à la santé dans nos écoles primaires et secondaires, qui fourniraient aux élèves des informations sûres et réalistes quant aux habitudes alimentaires saines et aux pratiques culinaires susceptibles de leur donner le goût et l’expertise nécessaire pour se débrouiller en cuisine. Cette éducation fournirait ainsi une alternative aux produits du commerce (mets préparés) souvent remplis d’additifs chimiques néfastes pour la santé.
Alimentation et étiquetage
Tous les produits contenant des OGM devraient être identifiés et taxés à cause des coûts probables qu’ils entraîneront sur la santé. Une publicité gouvernementale pourrait également faire la promotion des produits du terroir, y privilégiant ceux certifiés « bio », qui respectent les éléments naturels auxquels nous faisions allusion plus haut ; cela, de façon à créer chez le consommateur une fierté d’acheter ici et d’encourager par le fait même les producteurs qui auront fait l’effort de se démarquer de la grande industrie en bâtissant une petite ou moyenne entreprise fondée sur le respect des personnes et de la nature.
La vigilance de l’état
Comme on aime se procurer des aliments provenant de d’autres contrées, l’état devrait s’assurer que les produits importés respectent tant l’environnement que les travailleurs qui ont contribué à les mettre sur le marché. Un certain pourcentage des produits importés le sont de pays où l’on paie peu ou pas la main-d’œuvre alors que les pratiques agricoles s’y font souvent au détriment de l’environnement. Le coût de ces produits importés ne devrait pas mettre en danger notre économie locale.
Protection de l’environnement
Nous croyons que l’état devrait soutenir davantage les entreprises agroalimentaires qui s’inspirent des principes d’une alimentation saine et qui satisfont à des critères environnementaux stricts par rapport aux pesticides, aux antibiotiques et aux OGM. L’état ne devrait pas fonder son aide sur la grosseur de l’entreprise même si cela semble aller à contre-courant dans le contexte actuel de globalisation.
Dimension des entreprises
La ferme familiale est devenue ferme industrielle et même cette forme (grosseur) de production n’est pas une garantie de réussite. Pour soutenir la concurrence des pays émergents, on* suggère aux agriculteurs québécois et aux entreprises afférentes (ex. usines de découpe du porc) de s’agrandir alors qu’une telle avenue n’a pas procuré les bénéfices escomptés à ceux qui ont suivi leur conseil. S’agirait-il là d’une fuite en avant ? Qu’on pense à la production porcine et à tous les aspects négatifs qu’elle draine (destruction de plus en plus documentée de l’environnement (air, eau, sol), détresse psychologique des éleveurs et la santé fragile du bétail).
*MAPAQ, la Financière agricole, UPA, etc.
La souveraineté alimentaire
Devrait-on permettre à des multinationales de nous vendre le « fruit » modifié de leur recherche (OGM), souvent contre nature, alors que ces compagnies ne visent qu’à s’approprier de façon monopolistique le vivant sous toutes ses formes, de la semence de maïs jusqu’au porc, pour remettre de plus en plus de dividendes à leurs actionnaires. Doit-on comprendre que les multinationales auraient quelque chose à cacher pour empêcher l’étiquetage de leurs produits génétiquement modifiés, alors que la population fait pression sur nos gouvernants pour un étiquetage détaillé? Nous irions jusqu’à recommander, dans un souci de cohérence, l’abandon de tout soutien gouvernemental à des cultures et à des élevages utilisant des OGM car la preuve de l’innocuité de ces produits n’a pas encore été faite ; ce serait une précaution minimale dans les circonstances. Nous croyons au contraire que ces manipulations de la nature risquent de perturber, à long terme, de façon irrémédiable et irréversible la chaîne alimentaire pour nous, consommateurs, et nos descendants si tant est qu’ils puissent toujours en avoir eux-mêmes. Faire consciemment ce que fait instinctivement la nature ne signifie en rien se substituer à la nature mais plutôt s’allier à elle dans le but de co-créer les produits qui aideront à nourrir les populations.
Commerce extérieur et agriculture industrielle
Menace pour l’environnement
À notre avis, l’état devrait prendre des mesures pour décourager l’agriculture intensive qui ne viserait qu’à alimenter le commerce extérieur c’est-à-dire en dernière analyse améliorer notre balance de paiement, surtout lorsque cette industrie agricole se ferait dans le non-respect de la terre et du patrimoine naturel qui risquerait ainsi de se détériorer pour des décennies, voire plus ; qu’on songe à la nappe phréatique de plus en plus menacée dans plusieurs régions du Québec à cause des procédés de « recyclage » des lisiers. Qu’on songe également aux déjections animales qui avaient contaminé les puits à Walkerton, il y a quelques années ; aurions-nous oublié?
Menace pour notre économie locale
Il y aurait lieu de s’interroger sérieusement sur les raisons qui nous obligent à importer certains produits tels le miel et les dérivés du lait, tout cela au détriment de nos producteurs.
Développement des ressources humaines
Tant que le travail de l’agriculteur et du transformateur ne sera pas valorisé, et cela dans le cadre d’une entreprise à dimension humaine, il sera très difficile d’y intéresser, d’abord une relève aux agriculteurs actuels et ensuite une main-d’oeuvre formée ou apte à l’être.
Bienfaits de l’achat local
Nous croyons que la production et la transformation des produits de la ferme peuvent se faire dans des entreprises à dimension humaine et devenir concurrentielles si on répond avant tout aux besoins de la population qui n’hésitera pas à acheter des produits du terroir, des produits transformés à valeur ajoutée, d’autant plus qu’ils seront publicisés en faisant valoir les aspects liés au respect de la nature, de l’environnement et des travailleurs.
Soutien de l’état
On a qu’à songer aux produits d’appellation équitable qui, même si leurs parts de marché ne peuvent actuellement concurrencer avec les produits dits « ordinaires », sont de plus en plus en demande ; il y a un début à tout et nous croyons que l’état peut jouer un rôle essentiel dans l’accompagnement de ces entrepreneurs en leur offrant certains avantages financiers pour démarrer leur entreprise : des prêts sans intérêt, de la publicité faisant la promotion d’achats locaux, de l’aide et de la formation de conseillers bien formés et indépendants des entreprises multinationales en agroalimentaire.
Agriculture et environnement
Nous y avons plus d’une fois fait allusion mais nous croyons important d’y revenir, ne serait-ce que pour rappeler les méfaits d’une agriculture qui ne tiendrait pas compte de l’écosystème.
À l’écoute de la population
L’état, à notre avis, devrait avant tout respecter les consensus régionaux surtout lorsque les citoyens sont appelés à s’exprimer et qu’ils le font dans le respect des règles fixées par l’état lui-même ; donc vaut mieux prêter l’oreille aux citoyens des régions plutôt que de céder aux « lobbies » des entreprises multinationales ou encore au monopole de l’UPA qui défend ses propres intérêts au détriment de ceux de certains de ses membres.
À l’écoute des différents mouvements syndicaux
Nous en profitons ici pour ouvrir une parenthèse interrogative sur le fait qu’il ne puisse y avoir au Québec d’autres syndicats d’agriculteurs que ceux formés par l’UPA. L’Union paysanne tente tant bien que mal, sans aucune aide gouvernementale, de représenter des agriculteurs alors qu’on lui dénie cette possibilité. Est-ce ainsi qu’on comprend la démocratie?
Réglementation en environnement
Le principe pollueur-payeur ne semble s’appliquer que de façon idéale pour ne pas dire virtuelle, alors que dans le concret, le MDDEP promet par la bouche de son ministère, des années de bonne entente (complaisance ?) au secteur agricole. Si les règlements sur l’épandage de lisier, par exemple, ne correspondent plus à la réalité (détérioration graduelle des cours d’eau), on n’a qu’à modifier ces règlements dans le sens de la nature et du gros bon sens plutôt que d’essayer à tout prix de ne pas déplaire au «secteur agricole qui en arrache tant ». Posons-nous la question : Est-ce qu’une agriculture qui contribue à détériorer l’environnement doit continuer d’exister dans les mêmes formes c’est-à-dire selon le même modèle? Certains pays africains l’ont payé très cher, alors qu’ils doivent redémarrer à zéro leur agriculture, avec peu de moyens. Allons-nous passer par les mêmes expériences avant de changer nos façons de faire?
Pistes de solution
Voici des pistes de solution qui pourraient être envisagées en y mettant une volonté politique :
- permettre le morcellement des terres agricoles pour donner l’accès à plus de producteurs
- supporter l’installation des jeunes agriculteurs,
- soutenir le virage agroalimentaire,
- améliorer le réseau agrotouristique particulièrement en ce qui concerne les Chemins de campagne : Gite du Passant à la Ferme, la Campagne à la Ferme, le Relais du terroir, etc. …
- valoriser les déchets (récupération, compostage, etc.)
- contrôler les épandages,
- obliger l’étiquetage de tous les produits :
. contenant des OGM y compris les animaux nourris aux grains OGM,
. en y mentionnant l’origine et la composition,
- favoriser des modes de culture et d’élevage respectueux de l’environnement et ses habitants,
- etc. …
Si nous reconnaissons les problèmes et que nous nous engageons à les résoudre, nous sommes convaincus que cette commission saura nous faire cheminer vers une agriculture à dimension humaine.
Conclusion
Nous disons
- « NON » aux OGM,
- « NON » au marchandage boursier des produits alimentaires à la base de la vie!
- «OUI » à la biodiversité,
- «OUI» à l’éducation quant à la valeur de ce que l’on porte à la bouche!
Il y a de l’espoir, car dans la belle région de Lanaudière, il existe des producteurs* et des productrices* qui réussissent à produire en respectant la nature malgré les nombreux défis qu’ils ou qu’elles doivent surmonter.
*( En annexe, voir quelques entreprises qui font notre fierté.)
Vous paraît-il possible de concilier l’agriculture actuelle et l’agriculture biologique dans le respect de la terre et de ses habitants ?
Annexe
Quelques producteurs de Lanaudière
Nous sommes heureux de vous présenter quelques petites entreprises qui réussissent tant bien que mal et qui font la fierté de notre région. Nous aimerions que le travail de tous ces artisans régionaux soit reconnu et valorisé.
-« Ferme Sarrazin » Mme Lise Sarrazin, productrice de porc de grain, de framboises et de compost de fumier de porc sur litière, à Saint-Jean-de-Matha. Mme Sarrazin est un modèle dans la région. Toutefois, elle mentionne que faire de la nourriture en tenant compte de l’environnement, dans le contexte actuel, la place en mode de survie. Elle ajoute que nous avons tous les produits alimentaires dans Lanaudière, (légumes, fruits, céréales, œufs, fromage et produits diversifiés provenant des animaux). Les producteurs pourraient facilement desservir la région.
- « Les Jardins du Grand Portage » M. Yves Gagnon et Diane Mackay prêchent par l’exemple depuis plus de 25 ans, à Saint-Didace. Ils produisent des fruits, des légumes et des herbes biologiques, perpétuent certaines variétés de plantes anciennes en plus de mettre sur le marché des semences du patrimoine. Pour maintenir la génétique de leurs plantes, ils doivent user de stratégies pour ne pas contaminer leurs semences d’OGM venant des champs voisins.
- « Miellerie Petite Maskinongé » M. Steve Brisson, producteur de miel, fournit un des meilleurs miels de la région. Il sillonne la contrée pour vendre son miel dans diverses foires publiques et quelques magasins de produits naturels. Il ne peut jamais rivaliser avec des vendeurs de produits mal étiquetés où l’on ne connaît pas la provenance et la composition du produit.
- « Le Potager en Santé » Depuis plus de dix ans, Louise-Marie Bibeau produit des fruits et des légumes respectant la nature. Étant une petite entreprise, il est difficile de gérer les travaux au champ et la tenue d’un kiosque de vente. La créativité est une donnée essentielle pour s’adapter à tous les défis qu’il faut relever pour offrir à la population des denrées alimentaires de qualité.